Moubayaa · légitimité · État
Deux Moubayaa, une autorité en construction
La Moubayaa d’Abdelkader n’est pas un événement unique. Deux moments distincts, séparés de quelques semaines, marquent son accession à l’autorité : une première Moubayaa le 27 novembre 1832 dans la plaine de Ghriss, puis une seconde le 4 février 1833 à Mascara. Les lire ensemble permet de comprendre comment une reconnaissance initiale se transforme en légitimité politique plus largement formulée.
Deux moments fondateurs
27 novembre 1832
La première Moubayaa · Ghriss
La première Moubayaa a lieu sous l’arbre de la Dardara, dans la plaine de Ghriss. Des chefs, notables et représentants de tribus reconnaissent Abdelkader comme émir et chef de la résistance. Ce moment ouvre une phase nouvelle : l’action militaire doit désormais s’accompagner d’une autorité capable d’organiser, d’arbitrer et de gouverner.
4 février 1833
La seconde Moubayaa · Mascara
La seconde Moubayaa se tient au مسجد سيدي حسان de Mascara, aujourd’hui associé à la mémoire de la Moubayaa. Elle intervient à l’issue d’un rassemblement plus large auquel participent des délégations d’oulémas, de notables, de chefs de tribus et de communautés. Les sources la présentent comme une Moubayaa générale, donnant à l’autorité de l’Émir une assise plus étendue et une formulation publique plus solennelle.
Pourquoi une seconde Moubayaa ?
La répétition du geste n’annule pas la première Moubayaa. Elle traduit plutôt le passage d’une reconnaissance initiale, fortement ancrée dans le territoire de Ghriss et les réseaux de l’Ouest, vers une adhésion élargie. Dans un espace politique bouleversé par la chute du pouvoir ottoman et l’occupation française, la question n’est pas seulement de choisir un chef militaire : il faut rendre possible une autorité commune.
La Moubayaa comme acte politique
La Moubayaa appartient à une tradition juridique et politique ancienne. En 1832 et 1833, elle prend cependant une signification propre au contexte algérien : elle lie l’obéissance à des devoirs de justice, de protection, de consultation et de conduite de la résistance. Les travaux consacrés au texte de la Moubayaa montrent que l’acte engage autant celui qui gouverne que ceux qui lui reconnaissent l’autorité.
De la reconnaissance à l’institution
Après les Moubayaa, l’autorité ne reste pas seulement symbolique. Elle se traduit progressivement par une administration, une justice, des structures fiscales et militaires, des nominations territoriales et des instruments de souveraineté. Les deux Moubayaa doivent donc être lues comme le seuil d’un processus institutionnel, non comme une simple cérémonie de proclamation.
Un moment de construction collective
Réduire la Moubayaa à la seule personne d’Abdelkader ferait perdre une partie de son sens. L’événement met en présence des oulémas, des chefs tribaux, des notables et des communautés qui cherchent une forme d’unité politique face à la fragmentation. C’est aussi ce qui explique que la seconde Moubayaa ait acquis une importance particulière dans la mémoire de Mascara.